La Paz ton chemin

La Paz est la capitale administrative de la Bolivie, la plus haute du monde avec ses 4 000 m d’altitude et c’est un trop-plein de tout pour pas assez d’air. Celui qui vient à La Paz ne peut y être indifférent, on aime, on déteste, on piétine, on étouffe, mais on en repart avec la joue rougie. La Paz, ça claque.

La Paz est une claque dans la tronche après les douceurs de Sucre et le calme des hauteurs de Torotoro. C’est simple, ça déborde de partout. Il suffit de déambuler dans ses ruelles pour se retrouver submergé par les étales des magasins, tous imbriqués, montés, les uns sur les autres, tous trop-pleins de marchandises qui débordent sur le trottoir. Un seul immeuble de quatre étages abrite nombre de magasins, de bureaux, d’hôtels, d’agences de touristes, de coiffeurs et de magasins ultra spécialisés. La Paz est le règne des magasins qui ne vendent qu’un seul type de produits, il y a le marchand de cages à oiseaux, celui de lampes, la marchande de culottes, celle qui vend que des yaourts et j’en passe.

Ca déborde de gens aussi, qui fourmillent à toutes heures du jour et de la nuit qui, essaient de se frayer un chemin sur les trottoirs trop étroits, dans les allées des marchés, sur les rares places qui viennent donner un semblant d’horizons parmi ces ruelles trop étroites, surchargées, qui montent et qui descendent ; véritables dédales de montagnes russes. Le but du jeu en tant que piéton est de réussir à traverser la rue sans se faire renverser, tout en arrivant à se faufilant dans la circulation chaotique. En voiture, le jeu à 36 chandelles est de réussir à faire 1km en moins d’une heure tout en se frayant un chemin parmi les vieux tacos tunés et surchargés de passagers, les mini-vans qui s’arrêtent sans prévenir et repartent aussitôt, les camionnettes qui débordent de marchandises, les énormes cars de touristes à deux étages dont on se demande comment ils ont fait pour arriver là, les mobylettes, les vélos, les piétons qui surgissent de nulle part.

Le moyen le plus efficace de fuir, l’espace d’un instant, le bruit et la fureur de la ville est de prendre la tangente par les airs grâce aux téléphériques. Cinq lignes quadrillent La Paz, reliant le centre-ville à ses hauteurs, offrant rapidité, silence et vue plongeante sur la cité pour la modique somme de 3 bobs (0,40 €). Les gares de téléphériques sont les endroits les plus modernes de la ville, avec moins de cholitas et plus de neige, on se croirait presque à Chamonix.

Sur les hauteurs de La Paz, à El Alto.

Le bout de la ligne rouge vous emmène à El Alto, un ancien quartier de la banlieue ouest de La Paz. El Alto a tellement grandi que l’ancien quartier est devenu une ville à part-entière de près d’un million d’habitants, soit presque autant que la capitale. Comme son nom l’indique, elle est nichée dans les hauteurs, à 4 150 m elle est même la ville la plus haute du monde.

En plus d’offrir la meilleure vue sur La Paz, El Alto a vu naître les combats de catch de cholitas. Kezako ? Les cholitas sont issues du syncrétisme indigèno-espagnol. À l’époque de la colonisation, les boliviennes pur-jus ont mixé leurs tenues traditionnelles avec celles des riches Espagnoles et leurs robes style empire. Depuis, la mode est restée et dans toutes les rues de Bolivie on peut les voir marcher, la tête haute pour faire tenir leurs célèbres chapeaux melon trop petits. Elles ont toutes sortes de traditions et la plus rock’n roll d’entre elle est le catch. Ça se passe tous les jeudis soir dans un gymnase d’El Alto devant un public ébahi qui mange du pop-corn en beuglant contre les arbitres. C’est drôle, jouissif de voir des nanas si bien habillée se battre comme des chiffonnières et même si on sait que c’est pour de faux, les cascades sont impressionnantes. Bref on est total fan.

 

En redescendant par le teleférico, on atterrit au marché aux sorcières. Si ce nom fait frissonner, les traditions qui lui sont liées sont beaucoup plus sympas. C’est une rue pleine d’échoppes qui vendent tout le matériel adéquat pour s’attirer les faveurs de la Pachamama et réaliser ses rêves les plus fous. Comme dans toutes les religions indigènes d’Amérique du Sud, il y a des esprits divins pour pratiquement tous les éléments. Dans la culture andine, la divinité la plus importante est la Pachamama, la terre mère et déesse de la nature. Comment s’attirer ses bonnes faveurs ? La meilleure façon de voir ses vœux les plus chers se réaliser est de préparer une mesa. Une mesa se compose de représentations de ce que l’on souhaite modéliser en sucre, de feuilles de coca, considérées comme sacrées, des graines pour avoir de l’abondance et le must étant de couronner le tout avec un fœtus de lama. Dans la tradition andine, les fœtus de lama sont les meilleurs des porte-bonheurs et coûtent assez chers. Une fois la mesa prête, on brûle le tout en versant de l’alcool à 90°C parce que la Pachamama aime beaucoup l’alcool. Une fois brûlée, ce qui est parti en fumée revient à Inti, le dieu soleil et les cendres reviennent à la terre-mère.

Et si vous n’avez pas le temps de faire une mesa, vous pouvez toujours acheter des poudres miracles. Il en existe pour toutes les occasions : celle pour pécho le collègue de la compta, celle pour les vendeurs qui veulent pleins de clients, celle pour gagner beaucoup d’argent, celle pour avoir toutes les filles du quartier dans votre lit, celle pour acheter une maison, etc.

Des bébés lama en vente dans une boutique de « sorcelleries. »

Vivre d’amour, d’eau fraîche et de bananes dans les Yungas

Nous avons survécu à la fureur de La Paz puis à la route de la mort avant d’atterri à Coroico. Nichée dans la vallée luxuriante des Yungas, Coroico est une sympathique bourgade qui a la particularité d’accueillir la seule communauté noire de Bolivie. À l’époque coloniale, les Espagnols ont amené de force des esclaves africains pour travailler dans les mines de Potosi mais, les esclaves n’ont pas survécu au froid, ni à l’altitude. Face à cette hécatombe, les Espagnols se sont rabattus sur les indigènes. Les survivants africains ont trouvé refuge dans les Yungas où ils vivent encore aujourd’hui. Seulement 150 km séparent La Paz de Coroico, mais le choc thermique est stupéfiant. A La Paz il y fait drôlement frisquet, le climat est super sec; en descendant dans les Yungas on voit le paysage de l’Altiplano laisser place à la jungle luxuriante et humide. Ce qui signifie aussi le retour des moustiques assassins. Naaaaaaan.

Nous avons trouvé refuge au sanctuaire animalier la Senda Verde. Une parenthèse enchantée après les tumultes paceños. Ici, ce sont les humains qui restent en cage pendant que les animaux sont en semi-libertés, au beau milieu de la jungle. Tout a commencé quand les propriétaires n’étaient que de simples hôteliers. Un jour Mario, le mari, a croisé un type du coin qui prenait la route pour vendre un chimpanzé à La Paz. En discutant, il lui a demandé si ce n’était pas mieux que le singe vive dans son milieu naturel, mais le type avait besoin d’argent, il y a beaucoup de trafic d’animaux dans la région. Mario lui a acheté le bébé chimpanzé et l’a rapporté chez lui, dans la jungle. Petit-à-petit, les habitants du coin ont commencé à leur apporter des animaux sauvages qu’ils gardaient en captivité et dont ils ne voulaient plus. Dans le même temps, leur hôtel s’est transformé en un véritable sanctuaire pour animaux et ils se sont encagés pour laisser place à leurs protégés. La piscine et devenue l’aire de jeu des singes et leurs maisons, une nurserie pour chimpanzés. Aujourd’hui, le sanctuaire abrite 400 animaux dont plusieurs espèces de singe et de perroquets d’Amazonie, des biches, des capivaras, des tortues de toutes les tailles, des serpents, des tapirs, des tatous, un ancien ours de cirque, bientôt un puma et accessoirement des chiens et des chats. Une équipe vétérinaire et des bénévoles s’occupent quotidiennement des habitants de cet hôtel animalier.

Et parmi tout ça, il y avait nous autres, simples touristes dans notre cabane dans les arbres. Nous nous sommes faits vite adoptés par les chimpanzés. Les petits venaient jouer sur notre balcon et le matin, Caroline s’est faite une nouvelle copine qui l’a invitée chez elle pour venir manger des bananes. Jusqu’alors elle n’aimait pas trop les singes. Ca nous ressemble trop mais en plus poilus, avec des mauvaise manières. Depuis sa rencontre avec Madame Chimpanzé, elle ne pense plus qu’à aller vivre avec eux dans les arbres pour enfin vivre d’amour, d’eau fraiche et de bananes. Ceci est la belle morale de cette aventure. Clap de fin.

Caroline et sa nouvelle copine.

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