Un petit tour en Europe et puis s’en vont

Comme je vous l’ai raconté précédemment, notre été européen nous a complètement déboussolé, dans tous les sens du terme. Au sens figuré parce que nous nous sentons de plus en plus touristes dans notre pays et litéralement, parce que nous avons eu tellement la bougeote que nous avons rarement passé plus d’une semaine dans le même lit. Retour donc, sur notre périple européen qui nous a mené de Madrid à Madrid en passant par Pau, Paris, Cherbourg, les îles anglo-normandes, re-Paris, Londres, re-re Paris, re Pau, Mutriku et San Sébastian dans le Pays Basque espagnol.

Dans l’épisode précédent, je vous avais laissé à Pau, fief de Gaël, sympathique petite ville entre mer et montagne. Quant à moi, après une dizaine de jours dans le Sud-Ouest, je laissais Gaël avec ses parents pour retrouver les miens à la capitale. Et mesdames et messieurs, ce fût la première fois en 18 mois, que nous avons été séparés plus de 12h. Incroyable mais vrai. Alors qu’est-ce que ça fait de passer tout son temps à moins de deux mètres de la même personne? Ceci fera l’objet d’un prochain article car c’est une véritable aventure dans l’aventure, je dirais même, l’expérience la plus simple, compliquée et étonnante de notre voyage. Quel teasing mes amis, j’ai hâte de le lire.

Profitant de mon autonomie retrouvée, je revenais à ma chambre de jeune fille. Cette chambre dans laquelle j’avais passé tellement de temps à rêver d’ailleurs et qui de retour de cet ailleurs me paraissait appartenir à une autre vie. La vie d’avant. Avant quoi? Je ne sais pas exactement, celle d’avant tout ça quoi.

Le lendemain de mon arrivée, ma chambre accueillait une voyageuse de plus, Enna. Si vous êtes un lect.eur.rice assidu de ce blog et que vous avez bonne mémoire, ce prénom doit vous rappeler quelque chose. Enna est une copine de voyage rencontrée dans cette charmante petite ville de Sucre, en Bolivie. Elle a profité de mon passage en France pour visiter Paris et mettre nos discussions à jour. Je sais pas vous mais je trouve que c’est toujours sympa d’avoir des touristes chez soi. Ils vous rappellent que vous vivez dans une chouette ville et vous font toujours remarquer des petites habitudes que vous trouvez normales.

 

Enna était déjà venue à Paris, quand elle était étudiante sans assez de sous pour pouvoir en profiter vraiment, elle était donc bien contente de réaliser toutes ces choses qu’elle s’était promise de faire à l’époque : boire un verre chez Amélie Poulain, pique-niquer sur les quais de Seine avec une française, manger des macarons, aller voir des expos, se goinfrer de fromages et surtout, retourner à Versailles. Enna est prof d’histoire mais sutout, passionnée par la vie à Versailles et le destin tragique de sa quasi compatriote Marie-Antoinette. Selon Enna, elle était faite pour être Marie-Antoinette, vivre dans un boudoir et avoir un bel amant danois qui lui ferait la cour dans les jardins du chateau. J’étais émue de la voir aussi émue par tous ces trucs si franchouillards, je partageais moins ses pamoisons devant tout type qui ressemblait de près ou de loin à Gaspard Ulliel, l’équivalent masculin d’Amélie Poulain à l’étranger soit, la beauté à la française exportée. C’était vraiment sympa de faire la touriste avec une touriste quand on se sent soit même une touriste avertie finalement. Après m’être souvenue que Paris pouvait être une ville formidable, Gaël a pris le relai d’Enna dans cette course à la revoyure. Rentrer à Paris est toujours un marathon de retrouvailles avec un planning où on essaie de caser un peu de temps avec chacun des gens qu’on aime bien.

Après les retrouvailles parisiennes, ce fût les retrouvailles avec quelque chose que je n’avais pas fait depuis bien longtemps, partir en vacances avec mon père. La dernière fois, j’étais ado, je venais tout juste d’avoir mon bac, les vacances avec les parents m’étaient d’un ennui mortel, on avait « road-tripé » entre l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique, c’était la Coupe du Monde. Le seul truc qui n’a pas changé c’est notre bougeotte congénitale et le retour de la Coupe du Monde. Du reste, beaucoup de choses avaient évolué, à commencer par le fait que je me réjouissais de ces vacances. Aujourd’hui nous sommes plus vieux qu’en Allemagne et mon père a un bateau. C’est un petit voilier de 6.6m, un Jeanneau Love Love. Je me vois l’obligation de renseigner ces informations relatives à la nature exacte de l’embarcation sous peine de me faire enguirlander par le capitaine. Nous avions une semaine pour naviguer entre les îles Anglo-normandes d’Aurigny, Guernesey, Jersey et Sarq.

Père et fille, baroudeurs congénitaux, sur la route des vacances à bord d’une super Super 5.

Nous sommes sortis du port de Cherbourg, ville natale de mon père et moi, par une belle journée ensoleillée. Le vent était constant, je tenais la barre, Gaël s’occupait des voiles, captain J-M capitainait. Notre première journée fût fort sympathique ma foi et nous mena tout droit vers notre premier port, Aurigny ou Alderney en langue autochtone. Alderney est une sympathique petite île dont on peut faire le tour à vélo, où il y a une jolie église anglicane et où tous les bancs rendent hommages à des gens morts. L’autre particularité d’Alderney-Aurigny est que le port est tout petit, si petit qu’il n’y a pas de pontons, alors pour rejoindre le plancher des vaches, il faut sortir l’annexe. Peut-on qualifier une barque gonflable achetée au rayon sport et loisir du supermarché du coin d’annexe? Oui si l’on s’appelle J-M et qu’on a un petit bateau sans trop de place extra. Une fois que le capitaine a gonflé notre radeau de la méduse et pris les rames, nous avons procédé à un rapide calcul : étant donné que la barque a été conçue pour accueillir trois enfants qui jouent sur la plage et que nous sommes trois adultes dont un qui prends presque autant de place que les deux autres et une autre qui prends une demi-portion, si l’on considère que 500m séparent le bateau du quai et qu’il y a pas mal de courant dans le port; nous pouvons en conclure que la probabilité que nous arrivions à terre est proche de zéro. Finalement, pas besoin de partir dans des contrées lointaines, l’aventure se trouve parfois au coin de la digue. Roulement de tambour… ce fût périlleux mais nous y sommes arrivés. Et ce, même après une virée au pub.

Le lendemain, en arrivant à Guernesey, nous nous sommes ammarés entre deux autres voiliers en attendant de pouvoir entrer au port. Et comme fait exprès, nous nous sommes retrouvés à côté de nos voisins d’Aurigny, qui nous ont dit qu’ils s’étaient bien marrés en nous regardant sur notre rafiot. Ca tombe bien nous aussi. Notre escale à Guernesey fût fort sympatique ma foi, entre English breakfast gigantesques, tour de l’île en bus, ballades dans les si mignonnes ruelles à l’anglaise et matchs de foot au pub. Si vous avez l’occasion d’aller à Guernesey, allez y. C’est un endroit vraiment unique, et pas que part sa fiscalité. C’est un bout d’Angleterre en Normandie et ça se voit, on roule à gauche, on mange des fish & chips sur des bancs en l’honneur de notables morts, comme partout en Angleterre mais, les rues sont en vieux patois normands et les maisons ressemblent à leurs voisines du Cotentin en face. Bref, Guernesey, c’est super chouette, comme aurait pu le dire ce cher Victor.

La moins chouette des îles Anglo-normandes est sans doute Jersey. C’est la plus grande aussi. Pourquoi elle est moins chouette ? Parce qu’on a moins l’impression d’être sur une petite île anglaises qui a dérivée pour s’échouer en terres camemberts. Il y a une pléthore de touristes qui prend le ferry pour la journée, des magasins partout et même un Mac Do. Surtout, Jersey fût une erreur de parcours qui failli nous mener à notre perte. Tin, tin, tin…

Le capitaine a voulu nous montrer le maximum d’îles en une semaine, sans prendre en compte le facteur Ras Blanchard. Si jusqu’ici, notre virée maritime n’était que rire, joie et enchantement, la mer nous montra son côté le plus sauvage. Nous avons quitté Jersey de bon matin, la météo était clémente, la mer plutôt calme, le moral au beau fixe, nous avions même réservé des moules-frites à Diélette. Je tenais la barre, Gaël s’occupait des voiles, le capitaine faisait la sieste. Jusqu’au moment où le sens du courant a changé, que le vent s’est levé, que la mer a commencé à s’agiter. Nous avions tous les éléments contre nous, impossible d’avancer. Au loin, l’île qui nous servait de point de répère semblait s’éloigner plus que s’approcher. On allume le moteur. On continue de faire du sur-place. Nos espoirs de moules-frites s’éloignaient à mesure que l’on se retrouvait ballotés par les flots. Vaincus, nous avons dû nous rabattre sur Sarcq, la dernière île de l’archipel, avant que la nuit tombe. Ce ne fût pas non plus une mince affaire, au vue de la mer déchainée. Une fois arrivée à Sarcq, malgré les remoues des vagues, sa crique nous paraissait un havre de paix. Pour aller prendre une douche au port, il fallait gonfler l’annexe, puis escalader jusqu’à un espèce de minuscule quai, puis marcher quelques kilomètres sur un sentier le long de la falaise, puis refaire la même expédition au retour. Nous avons donc décrété que nous n’étions pas si sales. Une boite de ravioli plus tard, nous étions au lit, demain était une longue journée. Et nous croyions pas si bien le dire. Ce fût la pire de toutes.

Nous avons repris la mer, de bon matin, en essayant de descendre avec la marée jusqu’à Dielette et ses promesses de moules à la crème. Le temps n’était pas vraiment au beau fixe, pas plus que le moral de notre troupe mais, nous gardions malgré tout espoir. C’était sans compter un phénomène bien connu dans la région, nous avions le Ras Blanchard avec nous mais le vent (5-6 beauforts) contre ce qui leva une mer impressionnante. On décide d’avancer au moteur, vent de face. Après quelques heures, on se rend compte qu’il nous reste encore 2/3 du chemin à parcourir, qu’on a consommé plus de la moitié de nos réserves d’essence et que le Ras Blanchard va bientôt se retourner contre nous… Le Ras Blanchard est un courant qui vous donne un sacré coup d’accélérateur quand vous allez dans son sens mais qui vous repousse d’une force incroyable quand il se retourne contre vous. Notre ancien vaisseau amiral nous a paru une petite coque de noix sur la mer déchainée, nous étions ballotés, trempés jusqu’aux os et bien impuissants face aux élèments. A la radio nous entendions les demandes de sauvetages de voiliers moins chanceux que nous en se demandent si nous ne serions pas les prochains. Notre solution fût de renoncer encore une fois à rentrer en France pour trouver un refuge à Aurigny, en attendant que ça se calme. Une fois à quai, les gens du port étaient bien étonnés de nous voir là, les conditions étaient si mauvaises que même les ferries préféraient ne pas prendre la mer. Et là, on s’est dit que ok, on l’avait echappée belle. Nous étions lessivés, fatigués par nos deux journées de navigations mouvementées et la nuit agitée à Sarcq mais, fichtrement heureux d’être à quai, lavés, séchés et d’avoir le ventre plein. Le lendemain matin, les conditions en mer n’étaient pas tellement meilleures que les jours précédents mais assez pour que nous arrivions enfin à Cherbourg. Comme quoi, les vacances avec les parents ça peut être sympa.

Coucher de soleil sur le port de Guernesey

Après ces aventures maritimes, nous sommes restés deux-trois jours tranquilous chez mamie avant de retrouver la bonne vieille Albion.

Saint Pancras terminus, tout le monde descend. Quelle ne fût pas ma joie en descendant de l’Eurostar quand je retrouvai Londres, ma ville préférée au monde, après Rio de Janeiro. Pourquoi Londres ? Parce que sur un coup de tête j’avais pris des billets pour le concert des Cure, l’un de mes groupes préférés au monde, et que j’avais pensé que c’était un super cadeau d’anniversaire de moi-même à moi-même et qu’en plus j’ai la chance d’avoir un amoureux qui me réponds toujours « allez pourquoi pas » quand je lui propose des aventures telles que, viens on fait le tour des Amériques ou vient on va à Londres voir un groupe que t’aimes pas plus que ça. L’avantage de revenir dans une ville où vous êtes allé un nombre incalculable de fois est que, vous zappez les trucs à touristes pour retourner une énième fois dans vos petits endroits préférés. J’ai passé ces cinq jours à frétiller comme une puce, à m’extasier sur toutes les raisons pour lesquelles je trouve que c’est la capitale la plus cool du monde et à dormir le moins longtemps possible pour ne pas perdre une miette de London baby. Le climax étant le concert bien sûr. Parce que les groupes étaient bons mais surtout parce que l’ado en moins hallucinait de voir en live, à Londres, ces groupes que j’écoutais en boucle dans ma chambre pendant que mes parents me disaient de baisser le son : Goldfrapp, Interpol, the Cure. Oui j’avais déjà des goûts de vieux. Je ne vous raconterai pas plus Londres car la plupart d’entres vous y sont déjà allés et que cet article commence à être un peu long, surtout si je commence à radoter sur mes souvenirs d’enfants.

Puis ce fût le retour rapidos à Paris avant de redescendre dans le Sud-Ouest, passer deux jours en bateau dans le Pays Basque espagnol, je ne vous en dit qu’une chose, si vous avez l’occasion d’y aller, n’hésitez pas, c’est du dépaysement à pas loin. Oui, comme Guernesey. Et enfin, reprendre l’avion à Madrid direction l’Amérique centrale.
En partant encore une fois de ma chambre de jeune fille, je revois la petite Caroline qui passait tout son temps à lire et à imaginer tout ce qu’elle fera quand elle sera grande et qu’elle partira enfin de cette chambre pour explorer le monde comme elle l’entend. Je pense qu’elle ne serait pas déçue, que la grande (dans l’âme plus que par sa taille physique) Caroline lui plairait bien, qu’elle a réalisé pas mal de ses rêves, qu’elle la trouverait sacrément cool, surtout quand elle part à Londres voir les Cure, qu’elle lui dirait que c’est bien, qu’elle a remplie une bonne partie de leur contrat, que chapeau parce que c’était pas le plus simple, qu’il lui en reste encore quelques uns à réaliser, oui la petite Caroline est une gamine sacrément exigeante. Le seul truc que la petite n’avait franchement pas prévu, c’est qu’il y aurait un garçon qui la suivrait partout. Mais ils sont nuls les garçons ! Ca va, çui là il est cool, il te réponds cap, quand tu lui demandes chiche que pas cap qu’on… Ok, ça va, tu peux repartir maintenant.

Bon je me relis et je me rends compte que je vous ai encore pondu un truc plein de sentimentalisme. Vous m’en voyez navrée, la prochaine fois, je vous envoie un vrai article de blog de voyage, avec des trucs concrets itout. Je crois qu’il y a un quelque chose dans l’air cubain qui me rends sentimentale. Oui, spoiler alert, nous irons à Cuba. Encore une exigence de la petite Caroline.

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3 Responses to “Un petit tour en Europe et puis s’en vont”

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