Au fil de l’Amazone, au bord de l’autre

Nous avons troqué Nelson pour une petite croisière sur l’Amazone, nos futons contre des hamacs, le silence des montagnes contre la vie en communauté avec des enfants qui courent partout et les séries du soir contre le spectacle des dauphins roses. Partis de Yurimaguas, une petite ville déprimante en bord de fleuve, nous avons rejoint Iquitos, la capitale de l’Amazonie péruvienne en 3 jours et 2 nuits. Voici notre carte postale des eaux amazones.

Alignement de hamacs, en l’air. Entassement de sacs de nourriture, d’affaires, de cageots de fruits, aux côtés de familles qui dorment sur des couvertures, au sol. Un grand espace en métal, à l’air libre, des bâches font office de murs quand la pluie est trop forte. Peinture bleue, deux barres longent le plafond sur lesquelles sont accrochés les gilets de sauvetage et les hamacs. D’un côté, des centaines de boites d’œufs et de cageots de mangues, de l’autre la centaine de passagers, à la louche. À l’étage en dessous, c’est la soute, au-dessus du plafond, c’est le pont et partout, c’est la vie. Bienvenue sur l’Eduardo VIII, véritable petit village qui se déplace lentement sur les eaux chocolats de l’Amazone et ses affluents. Tellement brune l’eau que l’on ne voit le fond.

Le hamac est définitivement la meilleure façon de voyager. De nos lits suspendus, nous rêvassons devant le sandwich de couleurs amazones, eaux brunes, rives vertes, ciel bleu pâle, qui défile devant nos yeux comme ses faux décors de cinéma en back-projection. On se fait notre cinéma, nous sommes Indiana Jones, nous sommes les cow-boys, nous sommes les indiens. A la fin de la séance, nous ne sommes que deux touristes dans la chaleur épaisse et la moiteur de la saison des pluies.

De l’épaisse jungle surgissent parfois quelques maisons sur pilotis, d’autres fois des villages, quelques fois le bateau s’y arrête et alors, c’est le branle-bas de combat. Nous sommes d’abord prévenus par les enfants qui s’agitent à bord puis par les autres enfants qui montent sur le bateau vendre fruits, gâteaux et bouteilles d’eau. Dans la soute, il y a les marchandises à débarquer, sur le pont, il y a les nouveaux passagers qui viennent prendre place dans le village de hamacs. Pour ceux qui restent à bord, c’est l’occasion de manger et de déplacer discrètement son hamac pour grignoter un peu plus de place. Avec de la chance ce soir, notre voisin de derrière ne va pas se retrouver avec nos pieds dans la figure.

Les journées sont rythmées par le fil de l’eau, la pluie et la cantine. Bouillie de riz le matin, pâtes à l’huile accompagnées de riz le midi et soupe au riz pour le dîner. Le soir, c’est cinéma. Un môme a posé un lecteur dvd sur un tabouret pour que tout le monde puisse en profiter, très vite une vingtaine de spectateurs se sont assis en rond autour de lui. Sur le pont, les backpackers draguent entre eux, sur les bancs, les mamies échangent potins et recettes de cuisine. Les autres traînent dans leurs hamacs en regardant la novela de cette vie au ralenti. Une fenêtre sur cour qui se balance au fil de l’eau. Une mise en parenthèse, sur le fil du temps, entre les lignes du roman monde, d’une vie au bord de l’autre.

La suite, au prochain épisode.

Coucher de soleil sur l’Amazone.
Coucher de soleil sur l’eau, sur le pont du bateau.

 


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2 Responses to “Au fil de l’Amazone, au bord de l’autre”

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